Pro

Camille, cavalière de dressage professionnelle, nous livre sa vision de l’équitation dans 20 ans.

Oct 11, 2016

grey circle article

 

1. Comment imagines-tu ton métier dans 10 à 20 ans ?

Dans une dizaine d’années, j’espère que les sports équestres en général et la discipline du dressage en particulier auront continué d’évoluer vers le respect et l’écoute du cheval. J’espère que l’enseignement se développera dans ce sens afin de sensibiliser tous les cavaliers aux besoins les plus grégaires de nos chevaux.

Avec beaucoup de travail et un peu de chance, nous devrions découvrir de nouvelles données relatives aux chevaux afin de toujours mieux les servir et les faire évoluer dans un contexte de plus en plus confortable.

J’ai vingt sept ans. Quand j’étais petite, les chevaux de sport allaient rarement au paddock et ne voyaient le vétérinaire que s’ils étaient manifestement malades. Aujourd’hui, leur vie tend à se rapprocher au maximum de l’état sauvage et les soins qui leur sont prodigués sont de plus en plus sophistiqués. Il faut que cette tendance s’affirme. Nous avons déjà appris beaucoup de choses. Nous les nourrissons, les traitons et les travaillons différemment. Cela doit continuer.

 

 

2. La relation avec les propriétaires, la difficulté des épreuves, l’internationalisation des circuits, le cloisonnement des disciplines ? Comment tout ceci va évoluer selon toi ? 

Si nous continuons de progresser techniquement, que la place du cheval dans notre société s’affirme et que notre sport se médiatise, de plus en plus de monde va s’intéresser à nous. Cela est évidemment un aspect positif mais il risque également de causer du tort à de nombreux cavaliers.

 

 

 

Autrefois, un cavalier chanceux croisait un cheval exceptionnel dans sa vie. Il en était propriétaire et vivait ce rêve à son rythme. Plus nous avançons, plus nous multiplions les partenariats et donc les opportunités mais nous ne sommes plus toujours maîtres de notre destin. Il n’y a rien de plus dur pour un cavalier que de se voir retirer un cheval, un ami. C’est une épreuve dont on se relève mais dont on ne se remet jamais vraiment. Nous devrons accueillir les propriétaires de chevaux à bras ouverts en leur manifestant toute la reconnaissance qu’ils méritent sans jamais pour autant oublier de rester dignes.

Par chance, la discipline du dressage ne risque pas de se complexifier techniquement au détriment du bien être du cheval. Rien ne suggère une évolution qui exigerait des chevaux un effort supplémentaire. Le jugement deviendra certainement de plus en plus pointu et l’élevage des chevaux continuera son ascension mais au contraire plus le sport se développe plus il devient me semble-t’il soucieux de la sérénité du cheval de compétition. 

 

 

3. Selon toi, comment la technologie, quel qu’en soit le domaine (matériel, monitoring santé, habitat du cheval, mais aussi génétique ou recherche médicale) va influencer la pratique de l’équitation à ton niveau ?

Je m’attends à ce que la technologie révolutionne le monde équestre. Elle bouscule chaque jour le cours de la vie des êtres humains et pour nous cavaliers et passionnés de chevaux, je pense qu’il est raisonnable de dire qu’un cheval ne vaut pas moins qu’un homme. Nous avons pendant trop longtemps arraché le cheval à son cadre de vie naturel, à son instinct. Il est grand temps de laisser place à des acteurs capables de nous aider à retrouver le droit chemin, quitte à gagner moins et moins vite.

 

 

 

Avant tout, nous sommes réunis autour de ce sport par amour du cheval. Laissons cet amour reprendre les choses en main. Replaçons le bien être équin au cœur de notre sport et au centre de nos préoccupations.

 

 

4. Est-ce que l’équitation française et la filière d’élevage français auront une particularité par rapport à leurs concurrents dans 10 ans ?

Dans la discipline du dressage, nous ne pouvons pas nier avoir pris du retard sur nos voisins allemands et hollandais notamment en matière de technique et d’élevage. Cela prend du temps de renverser la tendance mais je pense que de se retrouver à la traîne motive nos jeunes qui n’ont qu’une envie : rattraper le temps perdu.

 

 

 

L’élevage semble exprimer un souffle nouveau qui alimentera probablement dans quelques années le marché de chevaux de dressage en France à des prix susceptible d’attirer une clientèle nouvelle comparé à la folie qu’on connu certains autres pays d’Europe récemment.

 

 

5. Comment imagines-tu l’apprentissage de l’équitation dans 10 ans ? Les enfants apprendront-ils les mêmes choses de la même façon ?

J’espère que nous réaliserons qu’avant de sauter une barre, il faut être capable non seulement de tenir en selle mais surtout d’écouter, de comprendre et de respecter son cheval. J’espère que l’équitation aura suffisamment confiance en sa popularité pour cesser de faire dans le commercial et enfin sensibiliser les tout petits à la beauté d’une complicité avec l’animal. J’espère qu’avec le plaisir de monter et de jouer à poney, les enfants seront heureux d’apprendre la patience, la tolérance et la persévérance, des valeurs si primordiales inculquées par l’animal. 

 

 

 

6. Quel est ton souhait pour l’avenir de ton sport ? Comment aimerais-tu le voir évoluer ?

Si nous aspirons tous à des performances toujours plus belles et nous levons chaque matin avec le rêve de battre de nouveaux records, je souhaite que le progrès technique, s’il doit encore y en avoir, ne se fasse qu’avec le cheval comme partenaire et non comme subordonné.

J’ai été très affectée par les récents reportages dénonçant la vie en captivité des orques. Je me questionne souvent sur la différence avec le monde équestre et même si nous dressons des chevaux « domestiqués », j’ai plus que tout l’espoir que nous professionnels ne soyons jamais prêts à le faire à n’importe quel prix.

 

 

 

Il faut que chaque matin nous puissions nous regarder dans la glace avec la certitude d’avoir le cœur, le corps et l’esprit du cheval de notre côté sans jamais en abuser ou chercher à le dominer. Le cheval est majestueux au naturel, à nous de le sublimer plutôt que de vouloir le soumettre.